En marge : Naël Shiab

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Portrait de Naël par Daphné Caron

Journaliste de données au magazine L’actualité, Naël Shiab s’est illustré en 2017 aux Prix du magazine canadien et aux Prix d’excellence en publication numérique. Du côté numérique, le jeune reporter s’est vu décerner la médaille d’argent dans la catégorie Innovation de l’année en plus de remporter le Prix d’excellence : talent émergent – l’un des honneurs les plus convoités de la soirée. Côté magazine, Naël a obtenu deux mentions honorables : dans la catégorie Article unique en son genre (hors-catégorie) et dans la catégorie Journalisme d’enquête. Il a accepté de répondre à nos questions sur son parcours médiatique et sur le métier de journaliste de données.

Vous êtes journaliste de données à L’actualité depuis 2016. Pouvez-vous brièvement expliquer votre rôle et en quoi votre travail diffère de celui d’un journaliste traditionnel?

J’aime bien dire que je cherche le sens de la vie dans des fichiers Excel ! En résumé, j’utilise mes compétences en analyse statistique et en programmation informatique pour produire des reportages exclusifs.

Pour illustrer la différence entre mon travail et celui d’un journaliste traditionnel, laissez-moi prendre un exemple : mon reportage intitulé La grande hypocrisie canadienne, qui porte sur les exportations de marchandises militaires du Canada.

À l’automne 2015, mes consœurs et confrères journalistes dans des quotidiens ont fait plusieurs reportages sur un gros contrat d’armement entre une entreprise canadienne et l’Arabie Saoudite. Ils ont essayé d’en apprendre le plus possible sur ce contrat, approuvé par le gouvernement. C’est ce que j’appelle une approche qualitative. Comme journaliste au quotidien, on creuse au maximum sur un sujet précis en faisant des suivis.

De mon côté, quand j’ai vu ces reportages, je me suis dit qu’il existait probablement une base de données de toutes les exportations de marchandises militaires du Canada. Je ne voulais pas connaître tous les détails du contrat avec l’Arabie Saoudite. Je voulais connaître tous les détails de tous les contrats ! Et j’ai effectivement trouvé des données sur la question, pour les 25 dernières années, que j’ai croisées avec d’autres sources, pour produire mon reportage. C’est une approche quantitative. Comme journaliste de données, je tente de comprendre dans quels systèmes s’inscrivent des événements précis. Dans mon reportage, publié en 2016, le contrat avec l’Arabie Saoudite n’était plus qu’un détail. C’était l’ensemble du processus d’approbation par le gouvernement qui devenait l’histoire.

Autrement dit, à mes yeux, le rôle des journalistes quotidiens est de nous informer sur des événements précis. Le rôle des journalistes de données est de nous informer sur les systèmes, processus, structures qui nous entourent et régissent notre société. Les deux sont complémentaires, se nourrissent l’un l’autre. Ils sont extrêmement importants pour que les citoyens comprennent dans quel monde ils vivent et puissent provoquer des changements sociaux, s’ils en ressentent le besoin.

Vous avez amorcé votre carrière en tant que journaliste à la télévision. Qu’est-ce qui vous a incité à passer à la presse écrite et à vous spécialiser dans le journalisme de données? Racontez-nous votre parcours.

J’ai fait mes premières armes comme journaliste quotidien à la télévision et ça a été une formidable école. Mais mon côté analytique s’est rapidement frustré de ne pas avoir assez de temps pour creuser des sujets. De plus, avant d’étudier en journalisme, de 15 à 18 ans, j’étais dans une filière scientifique. Et je voulais appliquer de façon rigoureuse des méthodologies et des cadres d’analyse à mes reportages. En fait, sans m’en rendre compte, je faisais déjà du journalisme de données à l’époque ! J’avais notamment réalisé une série de reportages exclusifs sur des centaines d’écoles pratiquement vides en Ontario, qui coûtait des centaines de millions de dollars à entretenir aux contribuables. Tout était parti d’un fichier Excel que m’avait envoyé le ministère de l’Éducation, avec des données sur des milliers d’écoles, que j’avais analysé.

Mon patron à ce moment-là m’avait recommandé de rencontrer un ami à lui, David McKie, qui travaille pour Power and Politics, à CBC. Alors que j’étais en vacances, j’en ai profité pour passer par Ottawa et prendre un café avec David. Il m’a dit qu’il enseignait à la maîtrise en journalisme de données à l’Université de King’s College et que l’établissement cherchait des étudiants avec mon profil. Il me restait quelques semaines pour m’inscrire à la prochaine session. J’ai sauté sur l’occasion ! J’ai demandé un congé sans solde à mon patron et je suis parti à Halifax pour intégrer le programme. J’ai rencontré des professeurs extraordinaires, dont Fred Vallance-Jones, qui m’a poussé à apprendre à coder et à remettre de l’avant l’approche scientifique dans mon travail.

Une fois ma maîtrise en poche, je suis revenu à Montréal et j’ai commencé à travailler à temps plein comme journaliste de données !

Quel est l’aspect le plus difficile de votre travail? Pouvez-vous nous parler de certains défis que vous avez dû relever dans vos projets récents?

L’aspect le plus difficile de mon travail est sans contredit la solitude. Pratiquement personne ne peut vérifier mes algorithmes, mes scripts et mon code. La hantise d’avoir oublié une virgule quelque part et que tous mes calculs, analyses et interprétations soient faussés est constante. Je contre-vérifie tout sans arrêt. Et avant publication, je recalcule certaines données choisies aléatoirement à la main. Mais le stress des parutions m’empêche toujours de trouver le sommeil avant que le magazine soit en kiosque ou envoyé aux membres.

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Vice caché à Québec. Mention honorable, Journalisme d’enquête

Pour un reportage donné, quelle est la durée approximative de vos recherches ? Où trouvez-vous l’inspiration pour vos sujets ?

Il y a beaucoup d’étapes à la production de mes reportages :

– En général, je trouve un événement précis intéressant dans le travail de mes collègues au quotidien et je décide de creuser la question. J’identifie tout de suite des hypothèses de travail qui, si elles s’avèrent, deviendront mes leads. Je modifie ces hypothèses au fur et à mesure de mes recherches.

– Ensuite, j’en apprends davantage sur la question en lisant un maximum de reportages et de recherches académiques sur la question. Ça me permet aussi d’identifier les experts du domaine.

– J’en contacte certains pour savoir ce qu’il existe comme données. Je contacte aussi le gouvernement.

– Une fois des données en main, je les retourne dans tous les sens pour les mettre à ma main. J’établis une méthodologie dont je discute avec les experts du domaine, pour confirmer ou infirmer mes hypothèses.

– Je produis mon analyse. À ce point-ci, mes hypothèses de travail sont confirmées ou infirmées. Ce n’est plus de la théorie. Mon analyse produit des faits indubitables.

– Je fais réagir les experts du domaine et les acteurs concernés avec des entrevues.

– Puis je rédige mon reportage et je code une visualisation de données s’il y a lieu !

Tout ça prend généralement plusieurs semaines. Il faut être patient et minutieux. Mais le résultat en vaut généralement la chandelle !

Dans tous les domaines de travail, on observe une transition vers le numérique. Que pensez-vous de l’avenir du journalisme dans ce contexte? L’intelligence artificielle est-elle une menace ou une alliée?

Je me garderais bien de jouer les prophètes. Quand la télévision est arrivée, on prédisait la mort de la radio. Aujourd’hui, les deux médiums cohabitent. Alors que va-t-il se passer avec le numérique ? Je ne sais pas.

En revanche, peu importe la forme que prennent les reportages, le numérique fait en sorte que les outils que peuvent utiliser les journalistes changent. La programmation informatique est centrale à mon travail, tout comme les données numériques. Et si davantage de journalistes n’apprennent pas à manipuler des données, le métier va perdre de sa pertinence. Le gouvernement, les partis politiques et de nombreuses entreprises utilisent déjà les données pour influencer la société d’une manière ou d’une autre. Si on est incapable de vérifier ce qu’ils font, à quoi servons-nous ?

Pour ce qui est de l’intelligence artificielle, c’est à mes yeux la même chose. C’est un outil de plus en plus utilisé. Les journalistes doivent se maintenir à jour. Et à ceux qui ont peur de se faire remplacer par robot, aux médias de coder des robots qui vont vous aider à mieux faire votre travail plutôt que d’attendre que quelqu’un code un algorithme capable de vous remplacer!

D’ailleurs, c’est déjà possible. J’en ai codé un moi-même : Allez-vous être remplacé par un robot ? Demandez-le… à notre robot ! (NDL : Ce texte a valu à Naël la seconde place dans la catégorie ‘Innovation de l’année’ aux Prix d’excellence en publication numérique et une mention honorable aux Prix du magazine canadien).

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Médaille d’argent – Prix d’excellence en publication  numérique & mention honorable – Prix du magazine canadien

Quels conseils donneriez-vous aux journalistes de données de la relève?

Le cœur du métier de journaliste ne changera jamais : aider les gens à comprendre le monde dans lequel ils vivent. Et pour ce faire, il faut commencer par la base. Apprenez à vous exprimer correctement, de façon claire, à l’oral comme à l’écrit. Ce n’est pas inné, ça se travaille. Allez à la rencontre des gens, allez sur le terrain, faites des entrevues. Rappelez-vous que c’est à eux que vous vous adressez. Et ensuite… apprenez à coder !

En juin 2017, vous avez remporté le prestigieux Prix d’excellence : talent émergent aux Prix d’excellence en publication numérique. Quel impact une telle distinction peut-elle avoir sur la carrière d’un jeune journaliste?

C’est toujours un grand honneur d’être reconnu par ses pairs. Ça décuple notre motivation ! Et dans un contexte où les emplois en journalisme ne courent pas les rues, les prix sont un grand avantage pour sortir du lot. Je suis très heureux, fier et choyé d’avoir reçu votre prix et je le souhaite à de nombreux autres !

Merci à Eny Kuen d’avoir réalisé cet entretien.

Appel de candidatures
Les candidatures sont acceptées jusqu’au 22 janvier pour les Prix du magazine canadien et jusqu’au 2 février pour les Prix d’excellence en publication numérique.

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En marge, avec Simon Diotte

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Photographie de Simon Diotte : L’actualité 

Simon Diotte a accepté de répondre à nos questions dans le cadre de la série « En marge », qui met à l’avant-scène des artistes et auteurs primés aux Prix du magazine canadien. Rédacteur en chef du jeune magazine Oxygène, il signe aussi des reportages de tous genres en tant que journaliste pigiste. Lauréat de la médaille d’argent dans la catégorie Voyages l’an dernier, il compte également à son actif deux mentions d’honneur.

Fondation des Prix du magazine canadien : Pour les non-initiés, présentez-nous le magazine Oxygène, et parlez-nous de vos lecteurs.

Simon Diotte : Nouveau venu dans le monde du plein air, le magazine Oxygène existe depuis 2013 et paraît deux fois par année. Il est distribué gratuitement à 25 000 exemplaires, à travers le Québec, principalement dans les boutiques de plein air. À la différence des autres publications du genre, qui traitent de tous les sports que l’on pratique en plein air (rando, escalade, ski alpin, surf, etc.), Oxygène se concentre surtout sur les classiques du plein air, soit la randonnée pédestre, le camping, le ski de fond et la raquette, activités que pratiquent nos lecteurs.

FPMC : Que vous est-il venu en premier : le goût de l’aventure ou de l’écriture?

SD : L’écriture. J’ai grandi en lisant le magazine L’actualité. J’adorais les reportages « territoire », comme on les appelle dans le jargon du milieu, qui explorent une région sous une thématique particulière. J’adorais notamment le journaliste Luc Chartrand, récompensé à maintes reprises aux Prix du magazine canadien. Je me souviens d’un reportage qui explorait les contrées sauvages de la Haute-Mauricie. En le lisant, je rêvais de me promener partout en régions éloignées, calepin en main. C’est pour cette raison que j’ai choisi le journalisme à la pige et que j’ai commencé à écrire des articles de plein air, ce qui m’a donné l’opportunité de partir à l’aventure. Paradoxalement, dans la vraie vie, je ne suis pas nécessairement un grand aventurier. J’aime davantage voyager dans un contexte professionnel, où je peux avoir accès, grâce à mon statut de journaliste, à des lieux et des personnes (comme les dirigeants d’entreprises, des politiciens, etc.) qui ne sont pas accessibles facilement aux communs des mortels. 

FPMC : En plus d’assumer le rôle de rédacteur en chef d’Oxygène, vous êtes aussi journaliste pigiste, et ce depuis une quinzaine d’années. Au fil des ans, vous avez signé des articles pour des publications aussi variées que L’actualité, Les affaires, Coup de pouce, Châtelaine ou Nature sauvage. Vous avez couvert une vaste gamme de sujets : finances personnelles, environnement et tourisme, pour n’en nommer que quelques-uns. Parlez-nous du processus de sélection des reportages que vous réalisez, et d’un sujet suscitant votre curiosité en ce moment qui fera prochainement l’objet d’un article.

SD : Même si j’adore faire des reportages axés sur l’aventure, je me considère comme un journaliste touche-à-tout, ce qui correspond bien à ma personnalité. J’aime autant parler du rendement des marchés boursiers que du dernier film d’un cinéaste réputé. Donc, mes goûts diversifiés se transposent dans mon travail.

Pour bien réussir sa vie comme pigiste, il faut être une machine à idées de reportage. Dès qu’il me vient en tête une idée, je la note immédiatement. J’essaie de la fouiller rapidement, histoire de voir si le sujet n’a pas déjà été couvert. Des fois, ça peut prendre des années avant que l’idée se métamorphose en reportage, faute de temps ou d’occasion. J’ai des tonnes d’idées en banque, mais il me manque du temps et du budget pour les faire ! Actuellement, je développe des projets de reportage sur la chasse. À suivre.

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FPMC : Votre reportage Sur les traces d’un écrivain voyageur vous a valu la médaille d’argent aux derniers Prix du magazine canadien. Vous n’étiez pas présent au gala remise de prix, mais vous avez rapidement réagi sur Twitter au moment de l’annonce. Quelle est la première chose qui vous est venue à l’esprit en apprenant la nouvelle?

SD : J’étais fier qu’un reportage, réalisé à titre de pigiste pour une petite publication québécoise, ait réussi à se démarquer à l’échelle canadienne, où il existe une panoplie de magazines de très grande qualité. J’ai souvent l’impression, en tant que pigiste, d’être David contre Goliath dans les différents concours journalistiques. C’est la preuve qu’avec audace et détermination, on peut quand même réaliser de bons reportages.  

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FPMC : Vous avez aussi obtenu une mention honorable pour votre texte Le ski change d’air, paru dans L’actualité. En 2014, vous aviez également remporté une mention honorable pour votre texte Rares et précieux champignons, publié dans la revue Nature sauvage. Quel impact ont ces distinctions à ce stade-ci de votre carrière?

SD: Après des années à la pige, j’ai connu quelques périodes de remises en question. Devrais-je arrêter ou continuer ? Les prix me confortent dans la décision de continuer de vivre de ma plume à la pige. Le travail indépendant me donne la liberté de réaliser les reportages que je veux. Les prix me donnent aussi confiance. Ils changent aussi notre statut auprès de nos clients. On prend du galon. 

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FPMC : L’industrie des magazines au Canada connaît de profondes transformations depuis quelques années. On a qu’à penser aux publications imprimées qui ont migré vers les plateformes numériques ou à l’annonce récente de la mise en vente des magazines francophones détenus par Rogers, notamment le magazine L’actualité, qui est la publication francophone la plus décorée aux Prix du magazine canadien. Dans un tel contexte, quelle est la clé du succès selon vous pour un journaliste pigiste?   

SD : Comme journaliste pigiste, la diversification est un atout majeur. Les publications me font confiance pour une diversité de sujets, car je crois que je suis assez polyvalent. Il faut aussi être créatif et proposer des idées de reportage qui sortent des sentiers battus. Mes reportages sont issus à 50 % de mes propres idées, et 50 % de commandes.

Cela dit, l’avenir ne s’annonce pas radieux dans le milieu journalistique, même pour les meilleurs pigistes. En raison de la baisse de leurs revenus, les magazines ont de moins en moins d’argent, ce qui a évidemment un impact sur le contenu. Comme la plupart des pigistes, je me demande si je vais pouvoir encore exercer ce travail passionnant d’ici quelques années.

Suivez le journaliste primé Simon Diotte sur Twitter à @sdiotte

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« En marge » est une série d’entretiens avec des auteurs et artistes primés aux Prix du magazine canadien. Lisez nos entrevues avec Dominique Forget, Nicolas Langelier et Jean-François Proulx

En marge, avec Jean-François Proulx

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Photographe: Dominique Lafond

En juin dernier, à l’occasion du gala des Prix du magazine canadien, la récolte a été faste pour le magazine Nouveau Projet. En plus d’avoir décroché le prestigieux titre de Magazine de l’année, Nicolas Langelier et son équipe ont récolté deux médailles d’or, une médaille d’argent et trois mentions honorables, dont la médaille d’or pour la meilleure direction artistique d’un numéro (« Ce Canada dont nous ne voulons pas »). Le jury a salué la vision du directeur artistique Jean-François Proulx en lui octroyant la plus haute distinction pour une catégorie visuelle. Depuis NP01, Jean-François Proulx fait équipe avec Nouveau Projet pour créer l’identité visuelle du magazine. La Fondation s’est entretenue avec lui afin d’en savoir davantage à propos de son parcours et de sa démarche artistique.

 

FPMC : Vous êtes le directeur artistique de Nouveau Projet, m
ais vous dirigez aussi Balistique, que vous décrivez comme étant un « NP03-2studio de collaboration graphique à géométrie variable ». Pouvez-vous nous parler brièvement de votre cheminement professionnel et de la petite histoire de ce studio?

Jean-François Proulx : En 2016, Balistique célébrera ses 8 ans, dont 5 passées avec nos amis du magazine Nouveau Projet, depuis leurs débuts. C’est un désir d’indépendance combiné à un certain esprit d’entreprenariat qui m’a poussé à lancer ce studio, après avoir travaillé quelques années en agence, ici, dans le Vieux-Montréal. Balistique n’est pas un studio au sens traditionnel. Pas de bureaux, de secrétaire ou de photocopieur. Seulement une équipe flexible créée sur mesure pour les besoins de chaque client, travaillant sous ma direction artistique (branding, édition, web, applications mobiles). Les méthodes contemporaines de travail changent, et la mobilité est maintenant un atout pour les entreprises créatives qui peuvent collaborer avec différentes personnes, dans un processus organique. Depuis 2008, nous travaillons particulièrement avec des organisations dans les milieux culturels et corporatifs. Et cette année marquera aussi le lancement d’un projet parallèle d’entreprise avec la conception et l’édition d’une application mobile (plus de détails à venir).

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FPMC : Vous réalisez divers projets sous la bannière Balistique : conception graphique de logos, de jaquettes de livres, de programmes, d’affiches. En quoi votre approche diffère-t-elle selon le projet que vous abordez? Plus spécifiquement, quel est le processus de création en ce qui concerne Nouveau Projet?

JFP : Chaque projet est unique et nécessite une approche différente. Balistique s’entoure de collaborateurs talentueux qui sauront mener chaque projet à bon port. Dans le cas du magazine Nouveau Projet, nous travaillons à proximité de l’équipe éditoriale. Assez tôt dans le processus (jusqu’à 6 mois avant l’envoi du magazine à l’imprimeur) nous organisons des rencontres de production hebdomadaires, qui nous permettent de bien planifier la création visuelle du magazine, à mesure que la direction des textes se précise. Ensuite, je rédige un brief créatif précis pour commander les oeuvres et photos qui illustreront le magazine. L’apport des collaborateurs est évidemment toujours apprécié et encouragé. Enfin, comme pour chaque projet d’envergure, la production se termine par un mois de production et d’échanges de toutes sortes, entre l’équipe créative et la rédaction. Ces jours-ci, nous travaillons d’ailleurs à la conception du prochain numéro du printemps-été 2016.

 

FPMC : En page couverture du numéro « Ce Canada dont nous ne voulons pas », pour lequel vous avez reçu la médaille d’or, le portrait de David Suzuki donne spontanément envie aux lecteurs de parcourir le magazine. L’utilisation de la lumière donne l’impression de plonger au cœur des préoccupations du scientifique. L’effet est vraiment saisissant. Pouvez-vous nous parler de la création de cette page couverture et de votre collaboration avec la photographe Dominique Lafond?

JFP: Je pense que cette couverture est toute spéciale pour le magazine. Elle marque l’entrée de Nouveau Projet dans la sphère des grands magazines de société. La couverture a été réfléchie ici, mais c’est à Toronto que nous avons dû rencontrer monsieur Suzuki. Son horaire est extrêmement chargé, et il n’était malheureusement pas disponible pour une visite à Montréal. Dominique Lafond et son équipe (Rodéo Productions) ont réussi à organiser une séance éclair à Toronto. Et quelle rencontre ça a été! Monsieur Suzuki est un grand homme qui possède une impressionnante expérience. Il était tellement bavard que nous devions parfois l’interrompre pour prendre les photos.

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FPMC : Pourquoi avoir choisi le rouge pour le titre du magazine sur cette page couverture, plutôt que le blanc, utilisé ailleurs? Ce choix semble aussi en rupture avec les numéros précédents.

JFP: L’optimisme habituel des couvertures de Nouveau Projet a été légèrement revu pour ce numéro. Le dossier central touche un sujet assez grave, soit la disparition d’une certaine idée du Canada, autrefois perçu comme une nation progressiste. Le rouge semblait la couleur idéale pour illustrer ce sujet important.

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FPMC : D’une couverture à l’autre du magazine, le texte alterne entre le noir et l’orange, ce qui rend la lecture plus conviviale tout en mettant en valeur certains passages. Le style est sobre, et la couleur est utilisée parcimonieusement. En quoi ces choix reflètent-ils l’identité visuelle que vous désiriez conférer au magazine?

JFP : Nouveau Projet est un espace de lecture et de réflexion. Sans être brutalement minimaliste, la signature visuelle du magazine favorise une certaine élégance et invite les lecteurs à prendre leur temps (dans la lecture, la réflexion et même dans la vie en général). On s’éloigne aussi de la signature des créations éphémères à la mode (puisqu’elles ne survivent pas toujours à l’épreuve du temps).

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FPMC : Depuis l’ouverture de votre studio en 2008, la qualité de votre travail a été saluée à maintes reprises. Aux Prix du magazine canadien en particulier, vous avez remporté cette année la médaille d’or pour la direction artistique d’un numéro, et étiez finaliste dans cette même catégorie en 2014. Quel impact ces distinctions ont-elles eu sur votre carrière?

JFP : Malgré une importance démesurée accordée par l’industrie (et surtout les jeunes designers), les distinctions en design ne changent pas le monde et ne prédisent pas le succès ou l’échec d’une carrière en design graphique. Je préfère toujours réfléchir avec une certaine humilité: je pense qu’un prix en design est surtout une précieuse occasion de remercier le client qui nous a fait confiance, et féliciter l’équipe qui travaille derrière le projet gagnant. On pense immédiatement à l’équipe de création, mais n’oublions jamais le travail passionné de tous les acteurs qui font qu’un magazine de qualité peut voir le jour.

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Dans les archives de la Fondation:

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